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Lars Tunbjörk
Exposition : Vinter
• Du 12 novembre 2008 au 25 janvier 2009
Lars Tunbjörk fait partie de ces photographes qui balaient les clivages dans lesquels la photographie semble s'enferrer aujourd'hui. Photographie artistique ou documentaire ? Comme si l'art ne piochait pas dans le réel pour en faire cette fiction qui nourrit nos questionnements.
Avec Landet Utom Sig, son premier travail, Lars Tunbjörk nous faisait découvrir une " drôle " de Suede ou chacun semble, a n'en plus finir, savourer les plaisirs de la consommation et du loisir et ou pointent l'absurde mais aussi, au-dela du rire, un sentiment de vide et de compassion envers un monde qui semble partir en vrille.
Nous découvrons également un auteur qui fait de la couleur un élément intrinseque de sa photographie, inséparable de son propos. Apres avoir observé l'univers des bureaux et des lotissements pavillonnaires - vases clos ou chacun semble se démener pour exister au mieux -, Lars Tunbjörk parcourt la Suede pendant trois longues années. Avec Vinter, il nous embarque dans une frénésie d'images qui rompent radicalement avec un imaginaire nourri de clichés de paysages de neige immaculée, d'intérieurs " cosy " et propres, de gens qu'on imaginait rompus a cet exercice annuel de saison noire et longue, enferrés dans une attente passive et tranquille.
Or, le périple est chaotique, alternant intérieurs-extérieurs, ne nous donnant pas la possibilité de nous arreter dans la contemplation rassurante d'une " belle " image. La neige est sale et se transforme en eaux qui semblent engloutir les immeubles et leurs habitants. L'incontournable " bonhomme de neige ", maronnasse plutôt que blanc, sourit de notre naive déconvenue devant une réalité qui éclate, crue, (cruelle ?) et néanmoins acceptable. Puisque telle elle est. Telle elle est devenue.
Lars Tunbjörk nous force a entrer dans la vie quotidienne faite de menus détails, qui sont autant de révélations de nous-memes. Quand les gens dansent, chez eux ou dans les bars, ils semblent s'accrocher l'un a l'autre de peur de se perdre. Ils nous apparaissent dans une banalité assénée, tracée au cordeau, a la corde (pour se pendre) et qui dit la fragilité de l'homme a vouloir échapper a tout ce qui le force a vivre alors que justement vivre semble une vanité dont on connaît le leurre.
L'acuité du regard de Lars Tunbjörk vient de la conscience qu'il a de notre monde. Acuité teintée de cet humour qui ne peut venir que d'un profond amour envers ceux que nous sommes et devenons. Ce n'était pas forcément mieux " avant ", mais de tout temps, sans doute, le monde a foutu le camp.
Gilou Le Gruiec |